On se mesure toujours à plus fort que soi pour dire qu’on existe
lundi 21 juillet 2008 par Jean-Claude Mubisharukanywa
On se mesure toujours à plus fort que soi pour dire qu’on existe
Lorsque le CNDD-FDD remporta haut la main les élections de 2005, la pilule fut difficile à avaler pour certains qui croyaient avoir tout verrouillé en vue de se pérenniser au pouvoir. Pour eux, tous les moyens étaient bons, y compris la fraude électorale. L’on se souviendra ici des dégâts qu’a causé la décision de dernière minute d’annuler le vote par procuration, prise par le Président de la CENI d’alors. Cette décision a sonné comme la fin d’un rêve ainsi que la ruine politico-financière de ceux-là qui avaient démesurément investi dans ces élections dans l’espoir de garder le pouvoir et ainsi vite ramasser de nouveau des fortunes.
Dans pareil contexte, il est normal et compréhensible que le pouvoir issu de ces élections ne plaise à cette catégorie de gens. Mais que ces mêmes personnes aillent jusqu’à prêcher la démolition de l’Etat, ceci devient inadmissible. C’est inadmissible aujourd’hui comme hier. En guise de rappel, la mémoire reste fraîche lorsque M. Kadege, alors Vice-président de la République venait de sombrer dans un quasi délire avec ses déclarations pour le moins regrettable comme quoi "ishengero ritarimwo uwawe ni nk’ishamba, ryoshaka rigasha" (une foule sans personne des vôtres ressemble à une forêt, elle est bonne à brûler). Il est allé jusqu’à parler d’"ishano ryavuye i Arusha" (le poison d’Arusha) pour ne citer que cela. Nous connaissons tous son sort.
La répétition de pareil comportement contre la nation est ce qui s’était installé à l’Assemblée Nationale où des élus du peuple s’étaient érigés en fossoyeurs de la nation. Et quand les Burundais aiment dire "senga imana irahinyuza", ils ne croient pas si bien dire. Aujourd’hui que cette bande de saboteurs a été démantelée le plus légalement du monde, qui ne constate pas la renormalisation du fonctionnement de l’Etat ? Les députés siègent, ceux qui restaient dehors en premiers, et des lois sont votés. Alors, qu’est-ce qui manquait jusque-là ?
Mais comme pour ne pas désarmer, on en voit aujourd’hui qui tentent de signaler qu’ils sont toujours là, en affichant des positions sans lendemain. C’est le cas des correspondances rocambolesques entre Pascaline Kampayano et le spécialiste du droit burundais parachuté du ciel répondant au nom de Vandeginste. C’est également le cas de Léonce Ngendakumana qui, au lieu de renforcer son FRODEBU, s’évertue à faire la politique du CNDD-FDD comme si le terme FRODEBU n’existait plus dans son lexique. Il se fait au passage l’avocat de Pasteur Mpawenayo, son ex co-saboteur, dont l’arrestation constitue selon lui une vague d’arrestations. Pour emprunter ses termes, si "le parti au pouvoir n’a pas encore adhéré aux principes démocratiques", que dire de l’occupation inconstitutionnelle de son siège à l’Assemblée Nationale alors qu’il a nettement dépassé le nombre d’absences tolérées au cours d’une session ?
C’est aussi le cas de Léonard Nyangoma qui parle de pouvoir hégémonique quand il dit que ce dernier cherche depuis longtemps à écraser d’autres partis d’opposition et à se retrouver seul aux élections de 2010, il se garde soigneusement de démontrer comment on peut perdre son temps à écraser un parti qui n’existe que de nom.
Je voudrais terminer en faisant un clin d’œil au président de la Ligue Iteka M. David Nahimana. Il faudrait apprendre à comprendre les droits de l’homme de même que les droits du peuple burundais et ainsi, séparer son penchant politique de la noble position qu’il occupe. Sinon à l’entendre dire que le Burundi risque de "basculer d’un système démocratique au système autoritaire ou dictatorial", d’où venaient les milliers de prisonniers que le pouvoir actuel a libéré. N’avaient-ils de droits de l’homme à jouir avant l’avènement du CNDD-FDD ? Etait-ce le régime démocratique dont il parle ?
Charles BUCUMI
Jean-Claude Mubisharukanywa
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