Burundi Information

Que faire avec une assemblée nationale si budgétivore et nuisible ?

mercredi 5 mars 2008 par Webmaster

Un groupe de 46 parlementaires vient d’adresser une correspondance au Secrétaire Général des Nations Unies lui demandant de garantir sa sécurité qui serait menacée par le Parti au pouvoir. Ces députés qui pourtant, circulent librement dans tout le pays, traînent jusqu’à une heure tardive dans les bistrots de la capitale étonnent les diplomates accrédités à Bujumbura avec une telle requête. Les ténors de ce groupe, les députés Léonard Nyangoma et Mathias Basabose s’appuient sur les incidents de l’année passée lorsque des grenades ont été lancées sur les résidences de certains parlementaires. Or, les enquêtes sont presque sur le point de démontrer que les attaques trop spectaculaires étaient tout sauf l’oeuvre du Parti au pouvoir. Une mascarade qui avait plutôt pour but de s’attirer les sympathies de la population en faisant accroire que les députés qui avaient paralysé les travaux de l’assemblée nationale craignaient sérieusement pour leur sécurité.

La même farce cynique est donc reprise pour détourner l’attention de la population et de la communauté internationale sur les vrais problèmes qui minent l’assemblée nationale. Ce groupe de députés par trop machiavéliques ignore-t-il qu’on ne peut pas manipuler toute la population tout le temps ? Certes, la sécurité au Burundi est un défi de taille pour le gouvernement et des efforts louables sont fournis à travers les fouilles perquisitions de la Police Nationale et les ripostes que les Forces de Défense Nationale face aux provocations des combattants des FNL Palipehutu. Les victimes des règlements de comptes, du banditisme armé, des cotisations forcées et des pillages attribués aux combattants du mouvement d’Agathon Rwasa préoccupent le gouvernement qui se bouge et joue courageusement la carte de la diplomatie auprès des pays de la région, de la médiation, de l’U.A, de l’U.E et du système onusien. Pendant que l’envie d’assouvir certaines soifs du pouvoir paralyse le travail au palais des congrès de Kigobe depuis un mois, l’assemblée nationale elle, reste budgétivore : les salaires (1,5 million de fbu par parlementaire), les bons de carburant, les per diem, les intérêts sur les crédits comme celui de 835 millions de fbu que la Banque de Crédit de Bujumbura a consenti à l’Etat pour les petits équipements des membres du parlement). Nos honorables députés ignorent le problème des arriérés de salaire ! Les ventres des élus d’un peuple désabusé poussent, les véhicules tout terrain font d’eux de véritables princes consorts de la République et leur permettent de narguer les déshérités au Boulevard du 28 novembre qui tendent impatiemment la main pour solliciter quelque lift. Le peuple s’indigne bien entendu de voir les députés choyés par l’Etat verser des larmes de crocodiles en prétendant que leur sécurité serait plus menacée que celle des autres. Un prétexte est alors trouvé et défendu mordicus par la radio RPA : les gardes du corps de l’ancienne Deuxième Vice-présidente de la République et ex-Vice Présidente de l’assemblée nationale.

Dans ses analyses plus sensationnelles qu’approfondies, pour ne pas parler d’insultes à l’intelligentsia burundaise, l’impudente Domitille Kiramvu va chercher des poux sur la tête rasée de Martin Nduwimana pour l’accuser carrément de garder des policiers chez lui alors que Marina Barampama n’en a plus. Disons que l’unique réaction aux comparaisons (qui ne sont pas des raisons, cela va sans dire) apologétiques de la journaliste de la RPA reste que les responsables de l’unité chargée de la sécurité des institutions ont le droit de retirer les gardes du corps à l’autorité déchue à moins que cette personnalité ne demande personnellement de les garder. Et si une telle requête est formulée, les responsables apprécient l’opportunité de les accorder selon les effectifs disponibles et les demandes du moment. Or, ni Alice Nzomukunda, ni Marina Barampama n’ont formulé une telle requête à l’endroit desdits responsables. Alice Nzomukunda a choisi plutôt d’alerter les médias et de crier au voleur en accusant le Parti CNDD-FDD de vouloir attenter à sa vie. Comme qui dirait que avec mille fois raison madame Alice Nzomukunda aime les échappatoires. On se souvient de sa démission en accusant le député Hussein Radjabu de l’empêcher de travailler alors qu’elle pouvait ignorer les ordres du député et ne s’en référer qu’aux règles définissant ses compétences ainsi qu’aux instructions du Président de la République. A moins que madame Alice Nzomukunda n’ait qu’une capacité intellectuelle trop limitée pour discerner correctement et éviter d’être guidée bêtement par des esprits mal intentionnés !

Comme la honte de l’assemblée nationale ne se vit qu’en groupuscules, une partie des députés du parti FRODEBU vient de sortir une déclaration à l’instar de cette famille insensée qui lave le linge en public. La boîte de Pandore est enfin ouverte et la population et la communauté internationale apprennent que le président Léonce Ngendakumana a perdu la confiance d’une partie de ses députés et partant, de ses grands militants. La division qui couvait au sein du parti orphelin de feu Melchior Ndadaye crache désormais du feu qui demande au président de faire profil bas. Malheureusement, tous ces chicanes et échecs de partage des postes juteux de l’assemblée nationale ou de la représentation du Burundi au parlement de l’East African Community ne font que dérouter les partenaires du Burundi et de renvoyer le vote des lois salutaires pour la population aux calendes grecques. Le jeu cynique des députés risque d’ailleurs de compliquer le dénouement du dossier FNL Palipehutu car le vote de la loi d’amnistie va faire défaut et arranger Agathon Rwasa dans ses manoeuvres dilatoires. Il est vrai que les députés n’entendent pas de la même oreille que la population les nouvelles venant de la médiation car ils souhaitent confier les négociations à une commission qui fonctionnera à la manière de la maison mère ! Le calvaire de la population n’est donc pas prêt d’avoir une fin ! Que faire alors de cette assemblée nationale budgétivore et nuisible ? A Bujumbura et sur les mille collines du pays, des voix s’élèvent pour réclamer un référendum national en vue de sa dissolution. OLUCOME demande de bloquer les salaires des députés. Certains diplomates contactés à Bujumbura recommandent d’interpréter les textes juridiques du Burundi pour voir si certains députés qui se sont absentés tout un moins ne peuvent pas être déchus de leur mandat. Les voix les plus radicales vont jusqu’à demander de limoger tout le bureau et d’en élire un autre qui puisse faire travailler les députés. Malheureusement ces voix radicales font semblant d’oublier que l’élection suppose le quorum. Or, il s’agit de cette arme que les députés utilisent pour nuire à toute une nation. Comme si le coût exorbitant de cette assemblée de suffisait pas, ils ont le culot de se complaire dans des fuites en avant en pondant des déclarations et des lettres à cent lieues des préoccupations du peuple souverain. Le peuple peut-il subir indéfiniment cet affront ? Faut-il faire usage de la force publique pour contraindre les députés à siéger à l’hémicycle ?

- 05 mars 2008, Samson Kwizera


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