Après l`échec du retour à l`élitocratie, Bujumbura devrait donner la chance à la démocratie
mercredi 21 juillet 2010 par Jean-Claude Mubisharukanywa
Bujumbura, le 21 juillet 2010 (abarundi.bi & Par Innocent Bano) -A la veille des élections législatives, et après la victoire écrasante du CNDD-FDD aux communales et présidentielles, beaucoup sont de ceux-là qui se posent la question de savoir si Bujumbura va encore se vêtir de la peau du renard au moment où les couleurs de l`arc-en-ciel démocratique rayonnent sur tout le Burundi. Dans tous les cas, le moment de vérité approche.
“Autres temps, autres mœurs”
Les élections communales et présidentielles respectivement du 24 mai et 28 juin 2010, ont révélé le vrai visage de l`électorat de la capitale burundaise : un électorat qui considère que son vote est représentatif de l`expression du pays entier. Cette culture, qui avait, en effet, été privilégiée par les régimes dictatoriaux de l`époque, a toujours ses adeptes à Bujumbura. Pour ces derniers, le Burundi se réduit à Bujumbura, et ceux se situant hors de cette capitale sont des citoyens de second rang voués à la manipulation et à l`exploitation, au vu de leur ignorance et “paysannerie”. Et tout pouvoir qui viendrait changer cette donne ne serait pas le bienvenu. Selon eux, comme diraient les Marxistes, le pouvoir appartient à ceux qui ont les moyens de production. L`on comprendrait alors l`image du CNDD-FDD dans la capitale et les réactions féroces des soi-disant opposants de l` « ADC-Ikibiri. »
L`arrivée au pouvoir du CNDD-FDD et son rapprochement avec le peuple, seule source du pouvoir, a créé des remous parmi les nostalgiques de cette culture du passé. L`audace de ce parti qui a osé renverser les pratiques des temps passés est ce qui explique l`agitation de certains partis dits d`opposition. Car leur souci était effectivement de maintenir ce peuple dans l`ignorance, le manipuler et l`exploiter. Les mesures salutaires prises par le pouvoir CNDD-FDD à l`encontre de cette population laissée à son propre sort par les pouvoirs précédents, constituent désormais un défi majeur à l`aboutissement des stratégies longtemps mises en place par ces pouvoirs antérieurs. Parmi les mesures qui fâchent, on notera, entre-autres, celles en faveur de l`éducation, les visites des élus sur le terrain, et, surtout, la nouvelle tradition du Chef de l`État d`accueillir ses hôtes étrangers dans le Burundi profond, afin qu`eux aussi puissent se rendre compte de la vraie image du Burundi et du peuple burundais.
Nul n`ignore que jadis, l`éducation était réservée à une seule poignée d`individus, afin de maintenir la grande majorité de la population dans l`ignorance, avec le seul but de mieux la contrôler et la manipuler. Les “élus”, “les représentants” du peuple et autres fonctionnaires de l`État qui travaillaient à Bujumbura se rendaient rarement dans leur village d`origine ; il fallait plutôt vendre sa chèvre pour se payer le ticket et aller leur rendre visite. De plus il fallait, si jamais on n`était pas accueilli par le domestique, avoir la chance de rencontrer la personne visitée : une rareté qui faisait d`elle un prince inapprochable. Tout cela pour maintenir le peuple dans la culture de “Bujumbura l`Alpha et l`Omega”. Ce qui est étonnant, c`est que la plupart de ces “élus” et “représentants”, fruits de l`exode rural, ont fait leurs études grâce aux sacrifices de leurs proches de l`intérieur du pays.
Mais, comme l`on dit, l`exemple vient du chef. En effet, il y a quelques années encore, au Burundi, le Chef de l`État était un rara avis in terris au sein de la population. Le pouvoir se transmettait et se terminait par les Coups d`État à Bujumbura. Quand il arrivait que le Président se donne la peine de quitter Bujumbura dans son hélicoptère pour, soi-disant, aller rencontrer la population, il était difficile de l`approcher car non seulement il était entouré d`un arsenal de sécurité inimaginable, mais aussi cela faisait partie de la stratégie de terreur utilisée par les pouvoirs élitistes et dictatoriaux contre leur propre peuple. Quelles que soient les circonstances, le peuple devait se soumettre au pouvoir central. Et qui dit pouvoir central sous-entend les ordres de Bujumbura. Dans cette logique de priver le peuple du pouvoir et de le couper du reste du monde, ce fameux pouvoir central avait consciemment, ou par complicité, développé une stratégie d`encadrement et de distraction de la communauté internationale au Burundi. Tous les contacts et/ ou toutes les visites diplomatiques étaient soigneusement sélectionnées et confinées dans la capitale burundaise. Les seules assurances des autorités centrales à ces diplomates leur suffisaient pour se faire une idée générale de la politique burundaise, et d`en soumettre enfin le rapport à leurs pays mandataires. Les organisations internationales qui parvenaient à travailler dans certaines provinces (qui, par ailleurs, étaient aussi minutieusement triées par le pouvoir) n`avaient pas droit à l`erreur, ni ne devaient rapporter n`importe quoi, sous peine de se voir retirer leur permis de travail. Bref, les appréciations de la communauté internationale étaient basées seulement sur ce qui se passait à Bujumbura. Mais aujourd`hui, la capitale n`est qu`un passage obligé pour des politiques qui intègrent le pays dans son ensemble.
A travers ces quelques exemples, voila pourquoi les nostalgiques du passé, qui n`ont pas encore compris que les choses ont changé au Burundi, continuent de croire que le pouvoir est à Bujumbura. L`“ADC-Ikibiri” s`aligne toujours sur cette logique : quand le Président de la République participe à la construction des écoles à l`intérieur du pays, il s`agit de temps perdu ; quand il y a coupure d`électricité à Bujumbura, il y a coupure d`électricité dans tout le pays ; et quand le taux de participation aux élections est de 30 % le matin dans Bujumbura, c`est- à -dire que tout le pays a connu 30% de participation ; et, quand la communauté internationale reconnaît et approuve ce qui est sorti du verdict des urnes parce qu`elle a été, cette fois-ci, sur le terrain, il y a eu complicité ; quand la société civile, en l`occurrence l`Église catholique qui a toujours été aux côtés de la population à l`époque où l`État était absent, accepte et avalise les résultats, il y a eu médiocrité de la population etc. Quel autre langage pouvons-nous attendre des partis membres d`“ADC-Ikibiri” ? Si certains au sein de cette alliance continuent à résister en prenant en otage une partie de l`électorat burundais, en lui faisant comprendre que le retour au passé est encore possible, il est temps que cette dernière prenne conscience du changement, se libère, et achète son billet pour entrer dans le train de la démocratie. Cela n`est possible que si elle s`associe au reste du peuple burundais, et élit, comme l`a rappelé S.E. Hon. Pierre Nkurunziza, des hommes intègres. Concrètement, si Bujumbura veut réellement assumer son statut de capitale burundaise, elle doit désormais embrasser, lors des prochaines législatives, les acquis du changement démocratique, en votant pour des personnalités qui comprennent que les pratiques du passé n`ont plus de place dans le Burundi d`aujourd`hui.
Par Innocent Bano
Jean-Claude Mubisharukanywa
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