Quand l`infantilisme des politiciens burundais atteint son comble
jeudi 4 mars 2010 par Jean-Claude Mubisharukanywa
Bujumbura, le 02 mars 2010 (abarundi.org) :- L`infantilisme est défini comme une absence de maturité ou un arrêt de développement chez un individu. Il ne s`agit pas d`une honte purement burundaise mais bel et bien de cet échec des Africains à mûrir pour bâtir une démocratie solide. Récemment, il y avait une pléthore de candidats à l`élection présidentielle au Gabon. L`infantilisme a joué en faveur du fils du président défunt, autrement dit du statu quo.
Si au Gabon bien des Africains souhaitaient le changement pour bannir ces démocraties qui ont pris les allures de monarchie, les Burundais attendent des élections imminentes un régime fort et déterminé à relever les nombreux défis.
A l`approche de la campagne pour les élections communales, présidentielles, législatives et sénatoriales, les formations politiques burundaises rivalisent de slogans. Car se serait malhonnête de parler de stratégie, tellement les propos sont démagogiques et les personnages moins novateurs.
Après avoir épuisé les ruses de faire capoter l`enrôlement des électeurs ou de leur priver de leurs billets d`enrôlement pour aboutir à faible taux de participation, l`opposition destructrice se lance dans la compétition le moral en berne.
Les membres de la commission des Nations Unies pour la consolidation de la paix au Burundi, Louis Michel et l`ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt viennent de saluer l`état satisfaisant des préparatifs des élections. Une bonne nouvelle pour la nation et l`enfer pour les fossoyeurs de la démocratie. Démasquée, l`opposition rumine sa défaite et n`ose pas parler publiquement de coalition. Mais les conciliabules se poursuivent.
L`absence de maturité politique de biens des hommes et femmes politiques du Burundi crée désormais une hystérie passagère, le temps d`un congrès ou d`un meeting en grandes pompes où les militants comme les figurants dans un film d`amateurs reçoivent des consignes d`applaudir quelque mastodonte aux pieds d`argile. Le spectacle tourne au vinaigre quand l`opinion nationale est envahie par une pléthore de candidats présidentiables. Reste à se demander jusqu`où un tel infantilisme peut mener.
Un pays de mille collines et de mille candidats à l`élection présidentielle
Tout avait commencé par le parti du coq. Comme si le Burundi en était revenu à l`époque où le chant du coq indiquait l`arrivée de l`aube de la démocratie. En rangs dispersés, les militants du FRODEBU (maison mère) ont encouragé la folie de grandeurs de Domitien NDAYIZEYE. Ce fut la première candidature annoncée à l`élection présidentielle. Au nom du Parti pour le Redressement National, l`ancien dictateur Jean Baptiste BAGAZA entra dans la danse comme candidat à la succession de Pierre NKURUNZIZA. De sa Suisse d`adoption, l`inénarrable Déo HAKIZIMANA fit part de son intention de se présenter comme candidat indépendant à l`élection présidentielle. Par des détours grotesques, Alexis SINDUHIJE se prépare à annoncer sa candidature puisque les observateurs avisés se moquent de ses fausses primaires.
Aucune leçon de démocratie à tirer de ses manœuvres car la « Démocratie en Amérique » nous vient d`Alexis de Tocqueville ! Et il n`a jamais été question pour les Démocrates ou les Républicains de faire participer toute la population sans distinction aucune à ce genre d`investiture. Mais Alexis SINDUHIJE aime l`amalgame. Il a été placé à la tête de la Radio Publique Africaine qu`il a voulu ériger en Radio du Peuple (Ijwi ry`abanyagihugu). Pour le choix du candidat de son parti, il a demandé aux Burundais sans distinction d`appartenance politique de participer au vote. Le traquenard était trop grossier. Il finira par revoir ses appétits à la baisse et se présenter comme le candidat d`un parti sans assise populaire qu`est son MSD.
Lors du congrès qui a consacré la scission du parti, les FNL ont présenté Agathon RWASA comme candidat à l`élection présidentielle. La dissidence créée par Jacques KENESE a convaincu bien d`anciens militants de cet ex-mouvement rebelle de fuir l`homme par qui la démobilisation a tourné au fiasco. Il se raconte que les ex-combattants FNL adhérent massivement au parti vainqueur des élections de 2005.
Ce dimanche 28 février 2010, trois candidatures ont été annoncées. L`ancien Colonel de triste mémoire Epitace BAYAGANAKANDI a été ovationné par les militants de son parti MRC. Pour le compte du parti ADR, madame Alice NZOMUKUNDA estime qu`il ne faut jamais laisser les hommes occuper les devants de la scène. Elle a annoncé sa candidature et un programme axé sur la valorisation du rôle de la femme dans les arcanes burundais. Cette ancienne vice-présidente de la République a, en quelque sorte, trouvé une stratégie de retarder sa mort politique mais d`aucuns plaignent une telle agonie. Et ce n`est pas la compassion des Libéraux d`Europe qui va changer le cours de l`histoire. Elle a gaspillé son crédit suite à ses folies qui l`ont fait sortir de l`hémicycle par la petite porte. Du côté du FNL ICANZO, Casimir NGENDANGANYA promet de briguer la magistrature suprême. Il est moins puéril car il avoue que l`important est de participer pour faire avancer la démocratie. On dirait Pierre de Coubertin pour les jeux olympiques !
Pendant que les « petits partis » se défoulent dans la proclamation des candidatures, le parti au pouvoir ratisse large. La démonstration de force de ce dimanche a convaincu toute la capitale de la popularité du parti du Président Pierre NKURUNZIZA. Alors que les militants n`étaient invités qu`à se rendre dans la province de Cibitoke pour l`inauguration d`un nouveau siège communal de leur parti, le cortège était visible de Mutakura tandis que le premier véhicule se trouvait déjà sur la route de Gihanga. Sur le passage du cortège gagnant, la foule en liesse chantait, applaudissait et se félicitait des mesures de gratuité de soins de santé, de la scolarité de base et surtout de la campagne de distribution d`eau potable à toutes les collines du pays que le Président Pierre NKURUNZIZA vient de lancer dans la province de Cankuzo.
Sur son passage, le CNDD-FDD raflait tout mais la discipline des militants permettait à quelque minibus loué par le parti MRC de circuler librement pour ramasser les enfants de la rue et quelques paysans payés pour remplir la salle où devait se tenir son congrès. Un paysan assis dans un bus portant le drapeau du MRC a dit : « Je suis de cette zone de Cibitoke. Pendant la crise qui a suivi l`assassinat du Président NDADAYE, j`ai tout perdu. Les Forces Armées Burundaises m`ont tout pris. BAYAGANAKANDI fait partie des putschistes. Je vais à son congrès pour récupérer un peu de ce qu`il m`a volé. Pour rien au monde je ne voterai pour un putschiste ! » Heureusement pour certains candidats au passé moins glorieux, le code de conduite adopté par les partis politiques interdit de salir l`adversaire mais de focaliser plutôt sur son programme. Mais les Burundais sont loin d`être dupes surtout que les plaies sont loin de se cicatriser. « La caque sent toujours le hareng », dit l`adage.
C`est dans une telle ambiance que d`autres candidats sont attendus du côté du CNDD-FDD, de l`UPRONA, de l`UPD etc. Il ne faut jamais oublier que la constitution et le code électoral autorisent les candidatures présentées avec la bénédiction d`un parti politique ou sous l`unique étiquette d`indépendant. Le Burundi compte plus de quarante partis politiques et tellement d`opportunistes qui ont des hallucinations de jouir de quelque cortège présidentiel avec intendance et sirènes. Pour dire qu`il y a de fortes chances de transformer le pays des mille collines en pays de mille candidats présidentiables ! Est-ce honorable ou minable ?
Comme si on jetait de l`argent par la fenêtre
D`après le nouveau code électoral, pour être candidat à l`élection présidentielle, il faut déposer une caution de quinze millions de francs burundais. A ceux qui vont atteindre un certain score, ce pactole leur sera remboursé et aux autres, il sera perdu pour toujours. Pour un parti ayant une véritable assise populaire, le montant est facile à réunir. Pour preuve, la multiplication des chantiers des sièges de parti communément connus sous le nom de permanences de parti. Au cours de cette dernière année de son mandat, le parti CNDD-FDD a construit des permanences en matériaux durables presque dans toutes les communes du pays. Les militants ont donné qui une partie de son salaire, qui un peu de son commerce, qui de la force manuelle.
Le candidat du CNDD-FDD n`aura aucun problème à disposer du montant mais pour bien d`autres candidats annoncés ou à venir, ils devront eux-mêmes sortir le porte-monnaie. Oui, qui ne risque rien n`a rien mais dans le contexte burundais, il est permis de dire que bien d`aventuriers choquent en jetant l`argent par la fenêtre. Inutile de dire que même pour les candidats aux législatives, communales ou sénatoriales, les cautions à fournir sont loin d`être dérisoires comme en 2005. Et pourtant, les listes ne vont pas diminuer pour autant. Comme si augmenter la caution a donné des ailes aux Burundais pour vanter à la ville et au monde que le fossé entres les pauvres et les riches peut aller grandissant surtout que la misère demeure scandaleuse et à Kirundo, la famine jette les mères, bébés au dos, sur le chemin de l`exil. Au tiers monde, on gaspille dans des futilités et on nourrit des drames.
La gratitude du peuple envers ses libérateurs
Au Burundi comme chez tous les peuples ayant souffert l`Holocauste, les grandes douleurs sont muettes. L`ambiance bon enfant qui s`annonce pour les campagnes électorales permettra certes aux candidats de dépenser comme des insensés. La bière va couler à flots, les promesses vont inonder les consciences. Le carburant sera brûlé sans aucune attention à la protection de l`environnement mais au bout du compte, le verdict populaire sera libre et sans appel.
En 2005, le CNDD-FDD a gagné après des années de maquis. Le peuple voulait la paix, la sécurité et la liberté d`entreprendre. La tâche était immense, tellement le pays avait été dénaturé, saccagé par plus de quatre décennies de dictatures militaires et de crimes contre l`humanité. Au cours d`un mandat, le CNDD-FDD a redonné l`espoir aux Burundais, toutes ethnies confondues. Aucun mouvement armé n`existe sur le territoire national. Alors que les autres pratiquaient le génocide intellectuel et la colonisation du pays par une région, le CNDD-FDD a décidé de chasser les ténèbres en allumant le flambeau du savoir et de la paix. Les écoles, les centres de santé, arbres, et les routes ont été multipliés. Comme pour dire que le parti du Président NKURUNZIZA ne fera que récolter ce qu`il a semé. Pourvu qu`il sache toujours résister aux provocations des amateurs des sonnettes d`alarme et de l`infantilisme.
La rédaction.
Jean-Claude Mubisharukanywa
Articles de cet auteur
- Au terme du marathon électoral, les Burundais doivent s’atteler à la mise en oeuvre du programme des cinq prochaines années.
- La tenue des collinaires témoigne du succès du processus démocratique burundais, affirme le Président NKURUNZIZA
- La famille présidentielle inaugure cinq jours de prières et actions de grâce pour les bienfaits des cinq dernières années.
- Comme promis, le Président NKURUNZIZA redouble d’ardeur dans les travaux de développement communautaire
- DECRET N° 100/02 DU 29 AOUT 2010 PORTANT NOMINATION DES MEMBRES DU GOUVERNEMENT
- [...]